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Les Flamands

Les Flamands. Gildas Salaün, historien spécialiste des monnaies, nous raconte le rôle joué par les négociants flamands dans les relations commerciales entre les deux franges d’une Bretagne divisée.

« Au Moyen-Âge, et d’ailleurs dans la période suivante eh bien c’était encore vrai, pour qu’une monnaie puisse circuler il faut qu’elle soit reconnue. Quand je dis reconnue, c’est à dire qu’il faut que l’émetteur soit reconnu, c’est-à-dire avoir en quelque sorte bonne réputation. Et il faut aussi que la symbolique qui figure sur la pièce puisse être facilement intelligible.

D’où toute l’importance symbolique des monnaies dont nous parlons maintenant depuis quelques semaines. C’est comme cela, par exemple, que certaines monnaies avaient meilleure réputation que d’autres. Et donc du coup se diffusaient beaucoup plus largement que d’autres.

Le dollar du Moyen-Âge

Certains ont appelé la monnaie, dont je vais vous parler dans un instant, le dollar du Moyen-Âge. Je trouve que c’est un petit peu excessif. Mais il n’en demeure pas moins que derrière, ça veut dire le côté justement bonne réputation. Je veux vous parler des Gros. C’est un type de pièces d’argent, des Gros au Lion de Flandre.

C’est une grosse pièce d’argent qui représente en effet un lion griffu qui est le symbole de la Flandre, du Comté de Flandre. Eh bien ces pièces-là, non seulement se sont diffusées très largement mais, j’ai envie de dire, mais en plus ont été copiées. Parce qu’effectivement, pour pouvoir permettre à ces monnaies de se diffuser eh bien on copiait les pièces qui avait la bonne réputation.

Sauf qu’on retirait 10, 20, parfois 30 % d’argent par rapport à la pièce originale. C’est ce qui s’est passé en Bretagne justement avec ces Gros au Lion de Flandre. Il y a eu des copies qui ont été frappées. Pas n’importe où, puisqu’on va en retrouver notamment le long de la côte de la Bretagne sud. Je pense à Nantes pour la Loire. Je pense à Guérande. À Vannes et à Quimperlé.

Mais il n’y a pas eu qu’en Bretagne qu’on a fait des copies

Mais il n’y a pas eu qu’en Bretagne qu’on a fait des copies, des imitations du Gros au Lion de Flandre. On en a fait également en partie en Aquitaine, dans le duché d’Aquitaine et à La Rochelle. Et on en a fait également à Bordeaux. Mais curieusement, en Aquitaine, on n’en a pas fait à Poitiers. Qui était pourtant en quelque sorte la capitale de l’Aquitaine. Tout comme on n’en a pas fait à Rennes.

Ça a longtemps interrogé cela, pourquoi dans une même province, dans un même duché, frapper des pièces, des copies de pièces flamandes d’un côté, mais pas de l’autre. Eh bien tout simplement parce qu’en fait, c’est le reflet des relations commerciales. Les Gros au Lion de Flandre ont été frappés dans les années 1 350, 1 360, nous sommes dans la période de la guerre de succession de Bretagne.

La Bretagne était à l’époque divisée en deux parties

Or, la Bretagne était à l’époque divisée en deux parties : ceux qui soutenaient Charles de Blois et ceux qui soutenaient Jean de Monfort. Eh bien les flamands vont tout simplement servir d’intermédiaires commerciaux entre les bretons des deux camps. Des intermédiaires neutres pour maintenir donc des relations commerciales entre les deux franges, les deux parties de la Bretagne.

Et puis de toute façon, on sait aussi d’après les sources historiques, que les négociants flamands venaient dans le duché de Bretagne vendre notamment leurs toiles ou les échanger contre du sel, contre du vin, et ils descendaient aussi jusqu’au sud de la France, donc jusqu’en Aquitaine. Et donc finalement ces pièces, ces imitations de Gros au Lion, permettent un peu comme des petits cailloux blancs de suivre tout simplement le parcours commercial des négociants flamands.

Les négociants flamands venaient en France avec des copies de pièces d’or françaises

Parce que les négociants flamands, eux, venaient en France avec des copies de pièces d’or françaises, des copies, des imitations du Franc à cheval de Jean II, de Jean le Bon. Donc en gros, si on regarde à l’échelle macroéconomique, tout se passe comme si les flamands venaient et payaient leurs marchandises avec des copies de pièces d’or françaises. Pour être acceptés en France et que les français leur rendent la monnaie en copie de pièces d’argent flamandes.

Si bien qu’en effet, on peut être extrêmement précis sur les relations entre la Flandre d’un côté, la Bretagne, l’Aquitaine de l’autre. Eh bien les flamands étaient très peu présents sur la côte nord. On trouve aucune copie de pièce d’imitation flamande frappée dans les cités du nord du duché de Bretagne. On en trouve au sud. Mais par exemple ils étaient présents à Quimperlé mais ils n’étaient pas présents à Brest.

On n’a jamais frappé de copies de pièces flamande à Brest

On n’a jamais frappé de copies de pièces flamande à Brest tout simplement parce qu’on n’en avait pas l’usage. Ce qui est important vraiment d’avoir à l’esprit c’est qu’au Moyen-Âge on frappe une pièce quand on en a besoin et quand on a une opportunité de la faire circuler.

C’est aussi cela tout l’intérêt de l’analyse des monnaies des ducs de Bretagne, c’est que ça nous permet de montrer les relations commerciales avec le reste de l’Europe. C’est comme ça aussi par exemple qu’au XVe siècle on sait que les négociants venant de la péninsule ibérique, l’Espagne, le Portugal, vont être très présents aussi sur la côte sud de la Bretagne.

D’ailleurs c’est une des raisons pour lesquelles le duc Jean V, encore lui, vers 1 430 va installer un consul espagnol à Nantes. Chargé des relations commerciales entre son duché et les royaumes espagnols. Des relations privilégiées qui vont durer jusqu’au XVIe siècle.

Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il va y avoir une très importante communauté espagnole qui va s’installer à Nantes et qui va représenter si je ne m’abuse, jusqu’à 5 % de la population nantaise de l’époque.

La fausse monnaie c’est fait par quelqu’un qui n’a pas le droit de battre monnaie

Quand je dis copie, ou imitation pour reprendre le terme plus technique, je ne parle pas de faux. La fausse monnaie c’est fait par quelqu’un qui n’a pas le droit de battre monnaie. Or, le duc de Bretagne ou le duc d’Aquitaine avaient droit de battre monnaie. Mais quand je dis copie ou imitation en revanche, c’est qu’il s’agit vraiment d’une reproduction de la monnaie émise théoriquement au départ par le comte de Flandre.

Mais sur les monnaies bretonnes, au lieu d’avoir noté, et c’est écrit en latin, moneta Flandre pour monnaie de Flandre et bien vous allez avoir moneta britan ou moneta britanie, monnaie de Bretagne. Ou bien on va retrouver tout simplement la marque des ateliers.

Comme monnaie de Guérande : on trouve écrit en toutes lettres en latin monnaie de Guérande ou monnaie de Vannes ou monnaie de Quimperlé. C’est ce qui nous permet aussi justement de savoir exactement où ces pièces ont été produites. Et de savoir que ces monnaies-là sont des copies, des imitations donc des Gros au Lion de Flandre ».

Les Flamands, est un épisode du podcast consacré aux Histoires de Monnaies. Gildas nous enchante, petits et grands. Il nous fait aimer l’histoire.

Musique : J.S. Bach Suite In E Minor, BWV 996 – Transp. In G Minor / Göran Söllscher /Jethro Tull

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Histoires de monnaies
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